JCFA 2018

« La professionnelle africaine de l’mage face aux défis du numérique » est le thème des 5e JCFA qui se déroulent à Ouagadougou du 02 au 07 mars 2018. Voici les possibilités et enjeux du numérique sous le prisme avisé d’un expert français interrogé en 2000 par le Fespaco Newsletter.

CINEMA ET NOUVELLES TECHNOLOGIES

La magie du numérique, assez révolutionnaire pour ne pas être contée !

Le soleil du numérique qui s’est levé offre au cinéma des performances techniques insoupçonnées, et, du coup, une belle justification au Fespaco 2001 qui se profile à l’horizon. Témoin le thème « Cinéma et nouvelle technologies », de la prochaine édition. S’il est suffisamment révélateur, on peut également affirmer qu’il constitue tout un programme. Et ce sont les matières grises du monde du cinéma , il va de soi, qui vont fourmiller de propositions  et de réflexions à souhaits, puis les fruits, eux, seront très attendus. Dans la perspective de cette échéance nous avons rencontré un expert français, M. Christian LAMARCHE, directeur du Centre régional des ressources audiovisuelles de Lille (CRRAV) qui nous donne un éclairage précieux sur l’usage des nouvelles technologies dans la production audiovisuelle.

 

Il est intéressant de savoir que tous les outils de productions audiovisuelles deviennent des outils numériques. Qu’il s’agisse des outils de tournage, du montage, de stockage d’images et de présentation des images. La qualité de celles-ci, au rendu, avoisine la qualité professionnelle. Par exemple avec une caméra numérique (DV, DVD, DVCAM), l’image est aussi bonne voire meilleure qu’une  caméra  Bétacam purement analogique », explique M. LAMARCHE qui ne tarit pa s d’éloge sur les performances du numérique. « En effet avec le numérique, et c’est un autre atout, vous n’avez pas de dégradation de signal. C’est-à-dire que vous pouvez recopier ou travailler sans jamais perdre en qualité ». Ce qui n’est pas le cas avec la Bétacam où, plus vous passez la bande, plus vous perdez en qualité.

A cette nuance s’ajoute ce que l’expert appelle la cohérence avec la chaîne de production et de diffusion numérique. Cela veut dire « qu’avec  vos images numériques, vous allez sur un système de montage virtuel qui utilise le numérique, vous sortez des choses sur cassettes DVD qui est du numérique ! Ou bien vous pouvez même envoyer vos images par satellite ou sur Internet qui est encore du numérique ». Comme c’est transparent ! Ce qui, par contre, devient de plus en plus difficile avec l’analogique quand  vous l’utilisez pour faire du montage numérique. Il faut alors changer de système mais cela devient forcement plus coûteux. Surtout lorsqu’on veut le passer sur Internet par exemple, il se révèle ainsi moins cohérent avec l’ensemble des outils de diffusion et d’utilisation des images.

Pour le plaisir de l’amateur et le talent du professionnel

Il est courant, surtout en Europe, de voir des personnes privées acheter la caméra numérique. Evidemment des réalisateurs, des grands mêmes, l’utilisent de plus en plus dans le cadre de productions professionnelles. Ils l’utilisent volontiers pour la légèreté qu’elle présente. Et l’expert de citer le cas d’un grand film tourné en DV numérique, Festen du cinéaste danois Thomas VINTENBERG, Prix spécial du jury à Cannes 98. De même sur Arte, célèbre chaîne culturelle française, il existe une collection de plusieurs téléfilms qui ont été ainsi produits.

La DV convient très bien aux sujets intimes, aux lieux restreints et, aussi, quand l’on a envie de s’effacer, à l’instar de ce documentariste qui a réalisé Nos amis de la Banque Mondiale qui allaient dans différents pays africains et du monde pour discuter des conditions des ajustements structurels. Le résultat, aujourd’hui, est un travail extraordinaire de révélations où on entend très bien les entretiens en tête-à-tête entre chefs d’Etats, notamment leur manière de se défendre sur les conditions de la banque. En cela il faut donc souligner la fiabilité avérée de la DV lorsqu’il s’agit de témoignages de grande sincérité.

Difficultés toutefois à filmer les immenses paysages

Il est cependant évident que ce documentariste n’aurait pas obtenu tant de subtilité voir d’intimité à partir l’habituelle caméra lourde et  une équipe de plusieurs techniciens. Mais cela ne fait pas de la DV un outil omnipotent ! Du reste le directeur national de la cinématographie du Burkina (DCN), Stanislas MEDA, le mentionnait fort à propos : « la DV a aussi ses limites et ne permet pas tout ». M. Lamarche confirme quand il parle des difficultés pour la DV à filmer d’immenses paysages, de grands décors à magnifier ou encore des foules imposantes. Comme on le voit, si cet outil impressionne fortement au plan discrétion et intimité, il faut signaler et insister qu’il est beaucoup usité, pour le moment, dans le domaine de la vidéo. Cependant l’aspect purement cinéma fera appel à tout autre procédé que l’expert détaillera.

Au préalable les coûts de production ont aussi retenu son attention. Ils sont supportables avec la DV tant et si bien qu’ils pourraient dépanner nos cinéastes perpétuellement confrontés aux multiples pannes de budgets. Ces derniers étant à la fois si colossaux (700 millions à plus d’un milliard de FCFA) et si rares que l’expert voudrait, par expérience, suggérer le numérique tant il permet de tourner dans conditions extrêmement économiques. Dans un deuxième temps il permet au réalisateur de se réserver de l’espace afin de discuter avec des producteurs et essayer de les convaincre à financer un certain nombre d’opérations liées au montage et, surtout, au kinéscopage. Cette dernière tâche consistant essentiellement à formater le produit fini pour le grand écran.

Quant au coût du kinéscopage, il varie essentiellement de 100 000 à 300 000 FCFA la minute. Ce qui est tout-à-fait convenable même pour un film de 90 minutes. Cela donne en définitive un montant de 90 à 270 millions de FCFA. Il est clair qu’avec 300 millions de FCFA en gros, la réalisation d’un long métrage est tout-à-fait possible pour nos cinéastes. Buud Yam de Gaston KABORE a coûté un milliard de FCFA au moins. Avec le numérique, c’est dire si sa magie lui aurait permis de tourner au minimum trois films. Rien que ça ! pour peut-être susciter un engouement auprès des cinéastes africains.

Le numérique vous tend donc une belle perche, à vous de savoir la saisir ! Toutefois, les bons films, les meilleurs mêmes ne dépendent pas que d’outils, aussi sophistiqués soient-ils, mais encore et surtout de votre savoir-faire à raconter une histoire, à diriger et orienter votre équipe de tournage et de comédiens. Ainsi comme la mayonnaise, toute la magie du numérique prendra et, partant, toute son envergure en sera plus visible sous le ciel du 7e art africain.

Gervais HIEN

Fespaconewsletter N°21

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