Moustapha Alassane : le pionnier du cinéma d'animation d'Afrique Noire tire sa révérence

MoustafaMoustaphane Alassane, un des doyens du cinéma nigérien avec Oumarou Ganda et Djangary Maiga a tiré sa révérence mardi 17 mars 2015 en début de soirée à l’hôpital Yalgado de Ouagadougou. Il avait 73 ans. Arrivé depuis le 20 février dans la capitale burkinabè pour des soins, la maladie dont il souffrait depuis un certain temps a ainsi eu raison de celui qu’on appelait à juste titre « l’Inventeur ». Né en 1942 à N’Dougoubou, Niger, Moustapha Alassane n’a effectivement pas usurpé son titre d’inventeur du cinéma.

 

Très tôt passionné du 7ème art il délaisse son métier de mécanicien et se fait connaitre d’abord grâce à des projections d’images découpées dans du carton. Il s’initie ensuite aux techniques du cinéma, tour à tour aux coté du documentariste français Jean Rouch, puis au Canada, aux coté du Canadien Norma pour le cinéma d'animation.

Ainsi le nom de Moustapha Alassane s’identifie à l’histoire du cinéma nigérien lorsqu’il réalise la première fiction de ce pays en sgnant en 1962 « Aouré ». Le film raconte sous forme ethnographique une cérémonie de mariage dans la société djerma.
Moutapha Alassane s’identifie surtout au cinéma d’animation africain dès 1962 à travers ses premières œuvres dans ce genre cinématographique: « Le piroguier » (2’) suivi de « La pileuse de mil». Avec «La mort de Gandji en 1965» et «Bon voyage, Sim» en 1966, il marque définitivement son empreinte dans le milieu du cinéma d’animation subsaharien.
En 1966 il s’ouvre au western…africain avec « Le retour d’un aventurier », un western décapant dans un quartier nigérien, pour raconter les tribulations d’un groupe de jeunes dans la banlieue de Niamey. Parés d’attributs de cow-boys, ils commettent des exactions à la manière des hors-la-loi. Moustapha Alassane offre dans ce film son premier rôle à la doyenne des comédiennes nigériennes Zalika Souley.
Par-delà le caractère humoristique et décalé Moustapha Alassane dénonce déjà en 1966 la modernité mal assumée par la jeunesse africaine. Tout comme il dénonce dans son long métrage « Femme, Villa, Voiture, Argent» (FVVA), réalisé en 1972, la soif du pouvoir et du gain des nouveaux riches de l’Afrique postindépendance. Ce film est une des premières expériences réussies de coproduction sud-sud entre le Niger et le Burkina. Le comédien Sotigui Kouyaté y joue le rôle principal tandis que sa compatriote Ai Keita apparait pour la première fois à l’écran aux cotés de la Nigérienne Zalika Souley.
Cette œuvre remporte du reste le prix de meilleure coproduction au FESPACO 1972 tandis que le film nigérien « Le wazzou polygame » remportait le premier Etalon de Yennenga de l’histoire du FESPACO, contribuant à faire du Niger dans les années 60 et 70 un des grands pays du cinéma africain.
Pendant 15 ans Moustapha Alassane a été le responsable du département de Cinéma à l'Université de Niamey pour communiquer sa passion du cinéma aux jeunes, ainsi qu’à ses enfants, notamment Razak et Wahab.
Au nom de l’ensemble des cinéastes africains le secrétaire général de la FEPACI a présenté depuis Bamako ses condoléances à la famille du cinéaste nigérien.
Que son âme repose en paix !

Par Clément TAPSOBA

PROPOS DE MOUSTAPHA ALASSANE
« Pour moi, le cinéma peut et doit servir à modifier la mentalité de la masse. Chacun de mes films touche à la politique, ne serait-ce que parce qu'il suscite un intérêt auprès de la masse et est susceptible de lui faire prendre conscience de sa culture. Je pense que, pour le moment, le cinéma n'a pas suffisamment prouvé au monde que l'Afrique a une culture propre. Il doit pouvoir éveiller la conscience du spectateur sur des problèmes spécifiquement africains et guider l'Afrique dans une direction plus viable. »
— Moustapha Alassane —

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