CORRESPONDANCE:
Copyright: FESPACO

Mahama Johnson TRAORE

Le 08 mars 2010, Journée internationale de la femme fut un jour triste pour le cinéma africain qui a perdu à Paris le cinéaste sénégalais Mahama Johnson Traoré. Bien que souffrant d'insuffisance rénale, il puisait des forces dans sa passion pour répondre « présent ! », à la plupart des grands rendez-vous où la

cause du cinéma africain est sur la sellette.

A moment spécifique, présence spécifique : lors du FESPACO 2009 auréolé de 40 ans d'existence, le cinéaste l'avait dignement célébré à sa façon par la publication spéciale du magazine Cahier d'Afrique. Magazine riche, exclusivement consacré au cinéma, à travers lequel il entendait témoigner son admiration et son attachement pour le FESPACO. Le FESPACO qu'il a porté dès le berceau, en 1969, aux côtés de Sembène Ousmane, Tahar Cheriaa, Timité Bassori…

De ce pionnier, l'on retient sa verve dans la défense du cinéma africain ainsi que sa rigueur dans ce métier de cinéaste où il dénonçait haut et fort certaines approximations qui minent présentement le milieu du 7 ème art africain. Et d'inviter sans tergiverser les jeunes générations à bien se former aussi bien dans les écoles de cinéma qu'auprès des aînés plus chevronnés dont certaines œuvres pourraient les inspirer à plus d'un titre.

Des œuvres qu'il a lui-même laissées à la postérité, la seconde moitié du ciel occupe une place importante de par Diankha-bi, la jeune fille (1969) ou Diegue-bi, la femme (1970) qui évoque l'avidité d'une épouse poussant son homme au jeu et à la ruine. Très tôt, il réalisa d'autres films qui ont abordé des sujets osés encore d'actualité, liés au détournement (Lambaaye, 1972), aux abus religieux (Njangaan, 1975), au retour en Afrique de la diaspora américaine dans Reou-Tahk, film qui avait été censuré au Sénégal lors de sa sortie en 1972.

La mort a fauché cet inlassable « combattant »de 68 ans alors qu'il était sur le champ du combat. Il était en effet en plein chantier de Nder ou les flammes de l'honneur, un long métrage qui retrace l'immolation au feu des femmes de Nder (Sénégal), pour échapper à des bandits maures qui voulaient les réduire en esclaves.

Mahama Johnson Traoré, tu n'as pas vécu en vain, car tu vis fièrement et pour toujours à travers tes œuvres qui t'immortalisent. Que la terre soit légère au grand cinéaste que tu as été !

 

Gervais HIEN

 
 
PROMOUVOIR ET VALORISER LE CINEMA AFRICAIN
Etalon d'or de Yennenga du FESPACO 2009
Haïlé GERIMA
Allons pour la XXII ème édition!