"Ça n'a pas été facile pour nous. "Les archives conservées à la cinémathèque constituent un véritable trésor. L'altération ou la perte de ces précieuses pièces est un drame. Ce sont des sources inestimables d'informations et de connaissances qui ont été inondées", renchérit Michel Ouédraogo. Toute la cinémathèque a été inondée. Le sol avec 1,50 m de hauteur d'eau et le niveau supérieur avec plus de 2 m d'eau. Au moment de notre passage, l'eau et la boue avaient été évacuées. Les employés de la cinémathèque procédaient au nettoyage des bandes et des DVD. L'eau s'était même infiltrée à l'intérieur des boîtiers contenant les bandes ! Tout le matériel informatique est hors d'usage. Les archives, papiers détruits.
"Nous sommes en train de faire le point avec les services compétents pour mieux évaluer les dégâts", souligne Michel Ouédraogo. Et d'ajouter : "très bientôt, nous allons recevoir des techniciens français pour l'évaluation des dégâts sur les supports filmiques". En attendant, le FESPACO a reçu la visite des techniciens du ministère de l'Habitat. Le but de cette mission est d'évaluer les dommages de l'inondation sur les bâtiments de la structure.
Une grande première
De mémoire d'homme, le site actuel du FESPACO n'a jamais vécu pareille situation. Le délégué général se souvient cependant que l'ancien siège du FESPACO occupé de nos jours par le Conseil économique et social (CES) avait connu une inondation. "Du matériel technique très performant avaient été détérioré par l'eau à cette occasion", précise t-il. Pour lui, des leçons doivent être tirées de ces deux événements malheureux. "Nous devons travailler à sécuriser le matériel et nos installations". Outre les dégâts à la cinémathèque, le FESPACO a enregistré d'autres dommages : une partie de la clôture est tombée. "Nous avons perdu beaucoup de choses" soutient le délégué général.
Malgré cela, il indique que sa structure est solidaire de tout le peuple burkinabè. "Dans ce sinistre, nous avons perdu des Burkinabè. Nous manifestons notre compassion à toutes les familles éplorées", dit-il. Le premier responsable du Fespaco salue par ailleurs l'élan de solidarité nationale et internationale qui prévaut depuis le sinistre : "Nous avons reçu des appels, des témoignages de soutien de cinéastes africains et non africains, des appels venant de partout, Afrique, Etats-Unis, France, Inde etc". C'est la preuve, selon le délégué général que le FESPACO a une dimension internationale. De ce fait, "perdre les archives filmiques du FESPACO, c'est perdre une grande richesse, une bonne partie de notre histoire".
A l'heure actuelle, tout est en train d'être mis en ouvre pour que la cinémathèque africaine "renaisse de ses eaux", selon Michel Ouédraogo. Aussi relève-t-il l'importance de la numérisation des documents : "il est temps de penser très sérieusement à la numérisation de toutes les archives du FESPACO. Si cette opération n'est pas faite, nous risquons de le regretter un jour". C'est un projet coûteux certes, mais un projet important, voire fondamental. Tout malheur doit être source d'enseignements »
Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA
Boureima SANGA